Juventus – Bayern : Preview tactique

Sommet tactique des 1/8e de finale, ce Juve – Bayern est cela dit terni par les nombreuses absences de chaque côté. En 4-4-2 sans Chiellini, la Juve sera à l’épreuve du jeu placé du Bayern, 10 jours après avoir contenu celui du Napoli dans un match étriqué. Pour les Bavarois, c’est un test sans rattrapage, et l’occasion de démontrer la multiplicité de leurs plans offensifs face à une équipe et un manager relativement imprévisibles.

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Thiago Alcantara – Robert Lewandowski

La Juve à 4…

Principal enjeu de l’avant match (pouvant rendre cette article totalement hors de propos) : l’absence ou non de Chiellini. Max Allegri a laissé planer le doute au sujet de son central. S’il n’est pas aligné (option la plus probable), la Juve jouera en 4-4-2 comme elle l’a fait face au Napoli et à Bologne vendredi soir.

Autre joueur déterminant en terme de schéma : Cuadrado. L’an dernier, la Juve avait atteint la finale de Champions’ League dans un 4-4-2 qui passait d’un losange à une ligne de 4 en phase défensive. Avec le Colombien, la donne est un peu différente : face au Napoli, c’est quasiment en 4-2-3-1 que se positionnait la Juve en phase offensive : Cuadrado se comportait comme un ailier à droite, alors que Dybala tournait autour de Morata. Khedira évoluait dans son rôle classique de piston axe droit. Marchisio était la caution technique du milieu avec un rôle à jouer dans la sortie de balle axe gauche, alors que Pogba devenait – par voie de conséquence – presque un milieu gauche voué à percuter pour créer du danger.

Moins créatifs et plus prévisibles offensivement dans cette formule qu’en 3-1-4-2, les Turinois offriraient peut-être également des repères de pressing plus confortables au Bayern, habitué à évoluer contre ce type de schémas relativement passifs et réactifs.

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L’animation offensive de la Juve face au Napoli, probablement reconduite face au Bayern, à moins d’une présence surprise de Chiellini

… Donc le Bayern aussi

On l’a vu depuis sa prise de fonction au Bayern : Guardiola aime s’adapter au schéma adverse. Face à une Juve entre le 4-2-2-2 et le 4-2-3-1, le Bayern devrait être dans la même logique défensive que lors de ses récents voyages à Leverkusen et Augsbourg :

  • Lewandowski face aux 2 centraux adverses (Bonucci et Barzagli)
  • L’attaquant droit à ses côtés relayeur droit en phase défensive (Muller sur Marchisio)
  • Les 2 ailiers face aux 2 latéraux adverses (Robben et Douglas Costa sur Lichsteiner et Evra)
  • Les 2 latéraux face aux 2 ailiers adverses (Lahm et Bernat face à Pogba et Cuadrado)
  • Les 2 centraux et Xabi Alonso à 3 contre 2 face à Dybala et Morata

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le 4-1-4-1 (en phase défensive) du Bayern, vu à Augsbourg il y a une semaine devrait être reconduit (à l’exception de Xabi Alonso, suspendu ce jour-là)

Douglas Costa à gauche, l’importance (défensive) du relayeur droit 

Face à Leverkusen, la composition officielle du Bayern n’était pas mensongère : si elle affichait un 4-1-4-1 avec un surprenant poste de relayeur droit pour Douglas Costa. Faire défendre l’ancien joueur du Shakhtar sur Kampl (relayeur gauche de Leverkusen) était bien le plan du Bayern en phase défensive. Mais Leverkusen n’est jamais sorti court et Leno a systématiquement cherché la taille de Kiessling devant. L’attaquant Brésilien n’a donc jamais eu à se muer en relayeur droit en phase défensive.

Pris par le gros pressing de Leverkusen, les Bavarois s’en sont mieux sortis après que Douglas Costa et Coman soient devenus respectivement ailier gauche et ailier droit. L’abandon des ailiers inversés a offert au Bayern plus de verticalité pour casser le pressing des hommes de Schmidt, et les Bavarois se sont créés de meilleures situations en deuxième mi-temps.

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le Bayern plus dangereux après le passage de Douglas Costa à gauche

Face à Augsbourg, Douglas Costa a été aligné à gauche une nouvelle fois, et le Bayern a scoré verticalement sur une phase de pressing haut de l’adversaire. Il y a donc fort à parier qu’il évoluera une nouvelle fois en tant qu’ailier gauche, laissant le poste de relayeur/attaquant droit (et donc le marquage de Marchisio sur les sorties courtes, voire schéma ci-dessus) à Müller.

Marchisio, Bonucci et la sortie courte d’Augsbourg

13e de Bundesliga, les hommes de Weinzieri ont réussi à poser quelques problèmes au Bayern avec leur sortie de balle. Selon le schéma classique, les centraux écartaient, les latéraux grimpaient et un 6 venait décrocher. Le Bayern a du adapter son pressing : Lewandowski ne pouvait pas défendre seul sur 2 centraux écartés de 25m si Muller était sur le 6. Le 3 contre 2 formé par Augsbourg face à Muller et Lewandowski créait donc la nécessité d’un « renfort » de pressing venu des ailes ou du milieu du Bayern.

On a vu le Bayern s’adapter de plusieurs façons pour créer ce 3 contre 3 : Thiago est sorti le 6 alors que Muller chargeait un central, Douglas Costa (ailier gauche) est également venu charger le central droit.

Cette sortie au pressing créait un effet domino qui laissait la défense sans couverture derrière, alors qu’elle remontait proche de la médiane pour jouer le hors-jeu. Par exemple, on a vu Bernat récupérer le latéral droit, initialement pris par Costa, alors qu’Alaba passait de central à arrière gauche, remplacé dans l’axe par Vidal (Xabi Alonso contre la Juve). Si le gardien choisit alors de jouer long, le mètre 76 de Kimmich face à Morata peut permettre à la Juve de casser le pressing du Bayern par le jeu long.

Avec la qualité de relance de Bonucci, le Bayern devra trouver un moyen d’isoler à la fois Bonucci et Marchisio pour réussir à presser efficacement la Juve. Laisser Lewandowski à 1 contre 2 face à Barzagli – Bonucci pourrait être problématique si Müller reste sur Marchisio. Si la Juve sort court autour de son (nouveau) regista, son marquage sera une clé, et la dimension « contre-nature » du rôle de relayeur pour Müller pourrait être un problème pour le Bayern, comme sur cette sortie courte d’Augsbourg, qui aurait pu mal se finir, après que les bavarois se soient montrés incapable d’isoler le décrochage du 6 adverse.

Juve – Naples

Battu 1-0 à Turin, le Napoli était pourtant parvenu à sortir le ballon court autour de Jorginho. Les Turinois n’avaient pas spécialement l’ambition d’empêcher les hommes de Sarri d’accéder à leur camp bale au pied et ainsi éviter de passer au repli.

C’est au moment de changer de rythme que les Napolitains ont failli. Incapables de faire mal à la Juve sur son repli, et trop prudents dans leurs projections, les coéquipiers d’Higuain n’ont pas su faire mal à la Juve dans son camp. Les latéraux Ghoulam et Hysaj n’ont pas eu d’impact dans le dernier tiers, et la projection du seul Hamsik n’a pas eu d’impact entre les lignes compactes d’une Juve qui a tenu sans encombre, concédant peu d’occasions.

L’enjeu offensif est assez simple pour le Bayern, surtout si la Juve stationne aussi bas que face à Naples : il faudra faire mieux que les hommes de Sarri dans le dernier tiers pour menacer le repli de la Juve. A voir si cet enjeu sera celui du match aller ou du retour.

Percussion et projection

On l’a vue lors de plusieurs cartons européens ces deniers mois, (Porto, Arsenal), l’identité offensive du Bayern de Guardiola – en opposition avec son Barça – se définit surtout par la présence dans le dernier tiers, les centres, et le rôle prépondérant des ailiers percutants, poste qui n’existaient quasiment pas à Barcelone.

Si le Barça finissait ses séquences en 2-5-3 (2-Busquets-4-3), le Bayern les finit lui en 2-3-5, avec une paire d’ailier encore plus haute sur le terrain que ne l’étaient Alves et Abidal. L’importance prise par Douglas Costa et Coman va dans ce sens : le poste d’ailier (et, par voie de conséquence, les centres) est une clé de l’animation offensive du Bayern de Guardiola.

Comme dit plus haut, à Augsbourg, Guardiola a très certainement aligné le XI qui débutera mardi à Turin, à l’exception de Vidal (Xabi Alonso était suspendu). Sur l’ouverture du score, les Bavarois récitent leur cahier de jeu offensif :

Sortie de balle en 4-3-3 / 4-2-3-1 :

  • les latéraux écartent et la sortie courte s’articule autour de Xabi Alonso pour casser le pressing de l’adversaire et s’installer dans son camp.

Construction dans le camp adverse en 3-3-4 :

  • Bernat – Alaba – Kimmich forment une défense à 3 à la hauteur de la ligne médiane
  • Lahm rentre à l’intérieur et devient un relayeur droit
  • Xabi reste la pointe basse du milieu
  • Thiago est désormais relayeur gauche
  • 4 attaquants occupent les intervalles et les ailiers donnent un maximum de largeur en mangeant la ligne (largeur qui leur a été laissé par Lahm et Bernat)

Finition 3-2-5 /2-3-5 :

  • L’un des 2 relayeurs, Lahm ou Thiago (plutôt le relayeur opposé) se projette pour être à la réception d’un éventuel centre
  • Centre qui peut venir d’un ailier, ou d’un relayeur (à voir si au moment de la finition, Bernat sera un milieu central (2-3-5) ou un central gauche (3-2-5) (l’ouverture du score de Lewandowski contre Arsenal, servi par Thiago)
  • La construction peut également être relativement rapide et verticale si la présence de 4 ou 5 attaquants écarte la défense adverse (le but de Lewandowski à Augsbourg)
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de droite à gauche, les 3 étapes de la construction du Bayern contre Augsbourg (voir la vidéo ci-dessous)

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un cahier des charges offensif fictif du Bayern à Turin mardi soir

Comme on le voit dans la deuxième séquence de la vidéo ci-dessus, ces schémas ne sont pas figés, et certains déplacements peuvent varier, comme l’occupation de la largeur dans le camp adverse. Elle peut être alternativement la charge de d’un ailier ou d’un joueur intérieur (Robben et Müller permuteront forcement s’il sont ensemble à droite) ; comme d’un ailier ou un latéral (Bernat peut oublier son rôle de relayeur gauche si Douglas Costa rentre à l’intérieur. 

Le Bayern à l’épreuve

Face à une Juve qui devrait se montrer assez réactive et passive en 4-4-2, l’enjeu du match est claire pour le Bayern de Guardiola : valider aux yeux de l’Europe les vertus démontrées dans le jeu de position depuis plusieurs mois contre des adversaires d’un niveau moindre, comme Arsenal, Porto, Dortmund ou Wolfsburg.

En théorie, les Bavarois ont toutes les armes pour maitriser la rencontre :

  • La projection massive (2-3-5 ; 3-2-5 ; 3-3-4) pour forcer la Juve à un repli très bas qui la priverait de transition offensive
  • Les centres (Costa, Robben, Muller, Ribery, Coman) pour pilonner une surface de réparation blindée par 8 turinois
  • La variation des schémas/la verticalité : Si Guardiola a créé au Bayern des schémas aussi originaux que le 2-3-5, c’est avant tout pour donner une réponse au repli massif de l’adversaire. Le repli face auquel le Napoli n’avait pas de réponse en 4-3-3.

Dans le même esprit, si la Juve venait à presser haut, comme l’a fait Leverkusen, la percussion offerte sur les ailes par les profils percutant du Bayern, comme Costa ou Coman, doit permettre d’atteindre rapidement le camp adverse et de servir Lewandowski et Müller. Une telle variation des tactiques doit permettre au Bayern de s’adapter à toutes situations. C’est à ce niveau que cet affrontement représente un test.

A voir si la folie de ces schémas à 4 ou 5 attaquants et 2 ou 3 défenseurs offrira à la Juve des possibilités en transition. Kimmich et son mètre 76 sera également à l’épreuve face à Morata, comme les 34 printemps de Xabi Alonso face au crack Dybala.

Raison(s) de plus pour priver la Juve du ballon, et de transition offensive…

Victor

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2 réponses à “Juventus – Bayern : Preview tactique

  1. Thank you so much. I don’t understand your language. But I watch videos.

  2. Très bel article : la vidéo démontre bien l’ensemble de la beauté tactique du Bayern. Je trouve que l’absence d’Alaba va beaucoup manquer devant, la permutation entre Alaba et Thiago offrait des lignes de passes pour les centraux et un moyen très rapide de trouver l’ailier en percussion, je trouve Thiago disons moins intelligent (meilleur face au jeu) dans cet half espace gauche qu’un Alaba, de plus il était très utile pour un conter-pressing immédiat, accompagné par Muller, Lew, Costa et Robben : essaye de relancer proprement avec les 5 qui te bondissent avec la rapidité de l’éclair…..

    Sinon je ne suis pas très d’accord avec toi sur l’aspect défensif : Le Bayern ne laisse jamais une infériorité à la première passe de la relance adverse. Laissé une infériorité pour offrir le temps à un des trois ou quatre (en cas de 352) de trouver Morata dans les airs serait une erreur, surtout à cause de la patte droite de Bonnuci… Guardiola lui-même avait dit que le pressing offensif contre Aubsgurg avait été « insuffisant ». Dans tous les grands matchs, et en général tous les matchs : le Bayern presse en zone dans un système en 4312 (avec une densité axial importante) et Robben/Coman et Costa qui grâce leur vitesse, peuvent agir rapidement dans les couloirs, et donc une égalité numérique à la première relance adverse favorisant un pressing intense, les contres, et des dégagements (souvent hasardeux des adversaires), toujours bien géré normalement par le duo Boateng/Martinez : monstrueux de la tête; même si les profils changent, je pense que laisser de l’espace à Bonnuci ou Marchisio pourrait poser des problèmes aux Munichois sur les longs ballons; qui sera la meilleure (la seule ?) arme de la Juventus.

    Bref grand match assurément : je pense que les clés du match seront la capité pour le Bayern de simplement réciter sa gamme, et d’avoir une maîtrise positionnelle et technique de la rencontre, le reste dépendra d’un réalisme que les Munichois doivent absolument retrouver (catastrophique ce week-end), et de Buffon bien sûr, ce gardien au-dessus de tout, peut te détruire un chef-d’oeuvre tactique. Bon match…

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