Brésil 1-7 Allemagne : Chronique du Mineirazo

Cinq buts encaissés en une demi-heure. Si le Brésil, privé de ses leaders d’attaque et de défense, ne partait pas forcément favori, personne n’aurait pu imaginer une telle déconvenue. La presse n’a pas fait dans le relativisme, et elle a raison. C’est au plus grand désastre de l’histoire du sport brésilien que nous avons assisté. Récit tactique du Mineirazo.

Désastre à l'Estadio Mineirão : le Brésil torpillé en une demi)heure par l'Allemagne.

Désastre à l’Estadio Mineirão : le Brésil torpillé en une demi-heure par l’Allemagne.

La transition défensive et les latéraux

Si l’Allemagne a connu un léger flottement après l’engagement, elle a vite trouvé la formule pour ennuyer le Brésil. Le principal point faible de l’organisation de Luiz Felipe Scolari était sa transition défensive, plus particulièrement au niveau de ses latéraux.

En possession du ballon, elle s’organise dans une sorte de 3-4-3 à plat : Luiz Gustavo et Oscar décrochant chacun d’un cran, Maicon et Alves devenant alors de véritables milieux latéraux. La Mannschaft, à l’initiative de Khedira, va utiliser trois fois l’espace dans leur dos jusqu’à l’ouverture du score.

La première sur un six mètres : un ballon reçu par Muller dans le dos de Marcelo alors qu’il était positionné très haut ; la seconde sur un contre après une sortie de Maicon, emmené dans son dos par Kroos. Ces situations ne donneront rien et le ballon sera rendu, mais la troisième va faire mouche. A la réception d’une grande diagonale de David Luiz, l’attaquant du Zénit, sans solution, joue « petit côté » sur Marcelo. L’hésitation du latéral madrilène offre à Khedira une nouvelle occasion de jouer dans son dos, le corner que produira le contre est celui du 1-0.

Bien pressée parle le trident Klose – Khedira – Kroos, le « back3 » de la Seleção a du allonger, et n’a pas su « transiter » défensivement, pour couvrir ses latéraux. Son indiscipline sur coup de pied arrêté compromet ses chances dès la 10e minute de jeu.

La question des coups de pied arrêtés

Tactiquement, au delà de la défense à trois/cinq, il est difficile de dégager véritablement une tendance de cette Coupe du Monde. Ce tournoi est celui des individualités (Messi, Robben, Neymar, Muller…), mais aussi et surtout, celui des coups de pieds arrêtés.

S’il est surprenant que le score soit tant de fois ouvert de cette façon, la réalisation du corner est encore plus choquante que le fait même qu’un but soit marqué soit marqué – si tôt – sur corner.

Thomas Muller reprend, seul au deuxième poteau, du plat du pied et ouvre le score. Là, évidemment, l’absence de Thiago Silva, préposé au premier poteau, fait mal. Dante, est dragué vers le premier poteau par Hummels, alors que le Bavarois échappe à la surveillance de David Luiz, d’ordinaire présent au second poteau.

Le Brésil avait ouvert le score dans des conditions similaire face au Chili et à la Colombie, Thiago Silva et David Luiz marquant également du pied, un but sur un ballon oublié au second poteau.

L’Allemagne passe la seconde / le Brésil s’effondre

Devant au score, la Mannschaft est plus que jamais libre de laisser l’initiative du jeu au Brésiliens, laissant Khedira et Kroos former un duo d’attaque en phase défensive alors que le milieu décrit un losange Schweini – Özil – Muller – Kroos. Le Brésil continue à allonger, non-pas par choix mais par obligation.

Le pressing de Khedira, et le milieu allemand face à la relance en 343 du Brésil. Le jeu long est forcé est la mauvaise transition défensive du brésil lui sera fatale. Avant que l'Allemagne n'intensifie la manœuvre.

Le pressing de Khedira, et le milieu allemand face à la relance en 343 du Brésil. Le jeu long est forcé est la mauvaise transition défensive du brésil lui sera fatale. Avant que l’Allemagne n’intensifie la manœuvre.

Muller et Özil s’occupent donc des côtés, et c’est d’un oubli du milieu Bavarois que viendra la seule situation créée par le Brésil avant l’avalanche de la demi-heure de jeu.

Sentant son adversaire friable, l’Allemagne va rapidement passer la seconde. S’ils attaquent relativement prudemment à 3 ou 4, les joueurs de Joachim Löw augmentent la cadence de leur pressing et viennent mettre la pression jusqu’à Julio Cesar. Ils ont intensifié leur niveau d’agressivité sur le porteur en même temps que celui des Brésiliens a baissé, à l’image de l’incroyable passivité du premier rideau sur la touche du deuxième but.

Que dire du troisième ? Le repli s’opère tant bien que mal sur cette séquence. Quand le ballon arrive chez Kroos, 8 jaunes sont derrière lui, mais c’est individuellement que les Auriverdes faillissent : Luiz Gustavo glisse sur le second ballon, Hulk est transparent, Marcelo et Fernandinho sont perdus. Kroos punit le Brésil sans hésitation.

Déjà éliminés, les hommes de Scolari vont totalement se liquéfier. L’axe – en théorie la partie du terrain la plus difficile à pénétrer – s’ouvre comme la Mer Rouge devant Moïse. Kroos, puis Hummels s’y projettent sans difficulté et piétine une défense abandonnée par son milieu de terrain.

C’était le Brésil 2014 / On ne se refait pas

Finalement, le Brésil – s’il fait beaucoup moins rêver offensivement – n’a pas vraiment soigné les maux défensifs qui l’ont toujours caractérisé. Une mauvaise transition défensive, une incroyable indiscipline tactique sur l’ouverture du score, pas de solution face au pressing allemand et un premier rideau qui vole en éclat en une demi-heure, pour laisser la défense être déchiquetée par une Allemagne qui n’a pas eu à forcer son niveau.

Ces deux pays ont pris des trajectoires opposées lors de la dernière décennie : l’un a évolué de la rigueur de la RFA au talent de l’Allemagne multikulti ; l’autre de la fantaisie du Joga Bonito au Brésil 2014, dont les stars sont les défenseurs.

Le paradoxe de ce match est là : C’est l’Allemagne qui est restée la plus rigoureuse, alors que le Brésil a commencé sa déroute par un but inacceptable sur coup de pied arrêté. Comme en 1998, comme en 2006, comme en 2010. Les clichés ont la dent dure.

Voilà le triste souvenir que laissera le Brésil de 2014 : une équipe qui ne s’est européanisée qu’en faisant baisser son niveau de créativité offensive, par manque de talent.

Mais qui est restée très friable, par manque de discipline tactique, et par sa faiblesse mentale. On ne se refait pas…

Victor

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