Les chantiers de Pep Guardiola au Bayern

« Je laisse à Guardiola une équipe en parfait état ». Par cette sortie, Heynckes, filou, déposait un épais sac de gravas sur le dos de Pep Guardiola en guise de cadeau de bienvenue. Une saillie à l’image de la pression mise sur le Catalan, entraîneur sans droit à l’erreur de l’équipe qui vient de tout gagner. Mais le chef de file de la plus belle équipe de ces 20 dernières années, n’est pas un décorateur d’intérieur. C’est un architecte. Il veut imposer sa patte. Il va imposer sa patte. 

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Pep Guardiola prévient. Au dessus, c’est le soleil.

La première question qui se pose au moment de la nomination de Guardiola, en janvier dernier, était de savoir s’il conserverait le 4-2-3-1 de Heynckes, dont on ne savait pas encore qu’il réaliserait un éclatant triplé, le tout en enjambant la Juve et en biflant à mort le Barça. Réponse : Non. Pour ceux qui en doutaient Guardiola est bien un entraineur qui a de grosses… convictions. Adieu le 4-2-3-1 tendance 4-2-4, bonjour le 4-3-3 (4-1-4-1 pour les chipoteurs les plus assidus) tendance 4-6-0.  Si le Bayern est loin d’être en ruine, et n’a pas encore changé du tout au tout, Pep a tout de même – à sa propre initiative – de nombreux chantiers.

Le nouveau rôle de la défense

L’impression principale dégagée par le Bayern 2013, était celle d’un rouleau compresseur. Une moissonneuse-batteuse à mi-chemin entre la rigueur germanique du passé et la finesse de la Mannschaft multikulti du présent. Dans le bloc médian et très dense d’Heynckes, c’était à l’équipe de protéger sa défense. Dans le modèle Guardiolien, c’est plutôt l’inverse. Certes, chez Pep, la défense bénéficie du gros pressing collectif et se voit « mâcher » le travail par les autres lignes, mais elle a aussi une énorme responsabilité. Car avec le coach catalan, le bloc bavarois va stationner plus haut et donc naturellement être bien plus exposé au contres adverses. En supercoupe, les Bavarois ont pu se rendre compte des risques qu’ils prenaient en « envahissant » la partie adverse. Chez Guardiola plus qu’ailleurs, la qualité de la charnière centrale conditionne l’équilibre de l’équipe. Ce n’est pas un hasard si la régression du Barça a coïncidé avec celle de Piqué, et avec les soucis physiques des autres (Puyol, Mascherano, Abidal).

Au crédit de la charnière Dante-Boateng, il faut mettre les belles clean sheets rendues face à la Juve et surtout au Barça. Cela dit, si l’on juge la prestation du duo lors de la finale de Wembley, on est assez en dessous de la sérénité affiché ces dernières année par Pique – Touré en 2009, Lucio – Samuel en 2010 ou encore Pique – Mascherano en 2011. Au moment de concéder le pénalty égalisateur, ils ont même offert même un beau numéro de duettistes (contrôle et relance ratés  de Boateng + tacle à la cuisse de Dante sur Reus). Un autre indicateur de leur niveau comparée à celui d’un Puyol ou d’un Pique 2009-2011 : leur statuts internationaux. Dante passe derrière David Luiz (bientôt au Bayern ?) au poste d’assistant de Thiago Silva, quant à Boateng il vaut (peut-être à tord) moins qu’un second couteau au yeux de Löw (et ce malgré la  très longue absence de Batstuber). Pire, ses rares apparitions ne se font qu’au poste de latéral.

On peut donc affirmer – au risque de provoquer moult hurlements de la part des ayatollahs de la Bundesliga – que Pep, s’il conserve la charnière centrale d’Heynckes, possèdera une assise moins solide que celle sur laquelle il pouvait s’appuyer lorsqu’il a conquis l’Europe en 2009 et en 2011.

De la tour au Regista

D’autant plus que cette défense sera moins protégée par son 6 que celle du Barça guardiolien. A Munich, au regard de ses premiers matchs, Guardiola a un nouveau genre de milieu défensif en tête. Un regista. Comprenez un meneur de jeu en retrait, chargé de chapoter la construction du jeu. Beaucoup plus troisième organisateur que troisième défenseur central, comme ça pouvait être le cas pour Yaya Touré ou Busquets. Pour l’instant, deux joueurs se disputent ce poste : Thiago Alcantara et Schweinsteiger. Certaines rumeurs envoyaient cet été le chevaucheur de cochon à United. Il n’en sera rien. Non seulement Schweini va rester, mais ce poste de regista, il le veut. Il l’a dit dans Kicker. Avant cela,  il avait discrètement prêté allégeance à son nouveau maître, estimant que le Barça était « toujours la référence » (Bild, Juin dernier). Entre un Thiago exigé par Guardiola cet été et un Schweinsteiger, pièce maîtresse d’Heynckes et candidat légitime au Ballon d’or, le poste est plus que doublé.

Mais comme on pouvait s’en douter, cette configuration, combinée à une plus grande possession et à une occupation plus haute du terrain, expose le Bayern aux contres adverses. En supercoupe (avec Thiago en 6), les Bavarois l’ont vérifié en explosant à Dortmund (2-4) face à la qualité de contre-attaque de l’équipe de Jürgen Klopp (des nouvelles de Van Buyten ?). Ils ont également été mis en danger (plus rarement) face à Gladbach’, vendredi dernier lors de la première journée (avec Schweini). Si ces problèmes venaient à perdurer, reste à Guardiola une troisième option : Javi Martinez. Le milieu Basque, stratosphérique face à Iniesta l’an dernier en demi-finale, a tout du 6 guardiolien : Impact physique, qualité défensive, qualité de passe. Mais vu les exigences techniques de Pep au poste de stoppeur et ses projets de Pirloïsation de son 6, on peut raisonnablement penser que Martinez aura sa chance dans l’axe de la défense (poste qu’il a déjà occupé sous Bielsa – maître Jedi de Guardiola – à Bilbao).

A Barcelone, en plus du 6, le cœur du jeu pouvait même être densifié par Keita. Ce qui permettait à son équipe d’être très équilibrée et de récupérer rapidement le ballon. Si même Busquets y a eu droit, le regista aura besoin d’un protecteur, ça va sans dire. Ce n’est surement pas Kroos qui va s’en charger (entendons-nous bien, ça ne veut pas dire qu’il ne va pas jouer !). Le départ de Luiz Gustavo acté, ce milieu « équilibreur » pourrait bien être Lahm, que Guardiola a de nombreuses fois testé à ce poste lors de la préparation. Cela libèrerait le poste d’arrière droit à Rafinha, à qui Guardiola a jusqu’alors fait confiance dans ce cas de figure, mais pourrait tout aussi bien revenir à Boateng, ce qui équilibrerait bien la défense si Javi Martinez descend d’un cran.

La non-disparition de Mandžukić

Le cœur du jeu passe donc de 2 à 3 joueurs. Et c’est l’attaque qui se trouve délestée d’une tête. Là où 4 places étaient disponibles l’an dernier, il n’en reste plus que 3. Compte tenu du goût prononcé de Guardiola pour les faux 9 et les ailiers inversés, on pouvait légitimement penser à une ligne d’attaque Ribery – Muller – Robben  au moment de jouer les Madame Soleil. Plusieurs données ont contredit ces prédictions.

Parmi elles, « l’émergence » de Mandžukić. D’aucuns lui promettaient la mort avec Guardiola, le Croate a montré qu’il faudrait compter sur lui. Notamment face à City, en finale de l’Audi Cup.  Le Bayern était mené 0-1, puni de s’être mis en danger dans les mêmes conditions que contre Dortmund. En entrant à l’heure de jeu, le Croate à complètement fait basculer le match grâce à sa vivacité et son adresse. Logiquement titulaire contre Gladbach, il a fait étalage de toute sa qualité dans le jeu aérien dans un Bayern guardiolien dont il convient de préciser qu’il est loin d’avoir renoncé au jeu long. Le (faux ?) 9 de Guardiola, ce sera peut-être lui. Ca l’est pour l’instant.

Frankiniesta

Guardiola ne renoncera pas à son 4-3-3. Dans cette organisation, soit il sacrifie un membre du quatuor offensif d’Heynckes, soit il en fait descendre un au poste de relayeur. Et on ne parle même pas de Götze. C’est Muller qui s’y est collé vendredi, dans un registre assez vertical. Dans le futur, ça pourrait bien être Ribery, mais dans un style assez différent. On l’a vu épisodiquement en préparation. Ribery en 8, à la lniesta, c’est bien un des projets incroyablement innovants du Pep.

Il compte sur la vivacité et le peps de Francky, mais aussi sur sa finesse (cette passe pour Robben en finale l’an dernier…). Un tel positionnement pourrait libérer le couloir gauche à Götze, voire à Shaqiri. Dans tous les cas, même en jouant dans un poste plus traditionnel d’ailier/dynamiteur gauche, Ribery semble s’épanouir totalement sous la direction de Guardiola. Le Français, qui a déjà tellement évolué et muri sous Heynckes, est dans la forme de sa vie. Toujours explosif, le meilleur passeur de la saison précédente devrait – cette saison, plus que jamais – montrer l’étendue de sa palette, continuer à briser des reins et augmenter sensiblement la cadence de sa distribution de galette. Avant de décrocher le Ballon d’or ?

Cadavre exquis

Cette année, si le Bayern a l’outrecuidance de ne pas être la première équipe à réaliser un back-to-back en Ligue des Champions, nul doute que les haters du Pep  se nourriront de sa carcasse. Dégustant ses intestins en les mâchant avec leurs canines comme les hyènes qu’ils sont. Fair enough.

En revanche, si Josep Guardiola venait à pérenniser le règne du FC Hollywood en Germanie et à travers l’Europe… Alors messieurs, il faudra s’incliner. S’incliner devant l’alliance et de la vision et de l’audace. S’incliner devant l’alliance de la créativité et de la personnalité. S’incliner devant l’alliance de l’innovation, de l’organisation et de l’efficacité.

Les idéalistes pensent que seul le beau survit à l’épreuve du temps. D’autres, plus terre-à-terre, pensent que l’Histoire ne retient que le nom du vainqueur. Cette saison, le défi colossal de Pep Guardiola sera de faire d’une pierre deux coups. A quitte ou double, bien sûr.

Victor

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Une réponse à “Les chantiers de Pep Guardiola au Bayern

  1. Mouais, cette « passe » de Ribéry sur le but de Robben, ça reste un rare exemple de réussite. L’intention est là mais l’exécution est loin d’être parfaite et merci Robben.

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